Livrer (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

X e siècle. Issu du latin liberare, « dé ».

I. V. tr.
1. . Faire parvenir, remettre un bien, une marchandise à son acheteur ou, plus généralement, à son destinataire. Livrer du charbon, des meubles, du vin. Livrer des fleurs. Livrer en gare, à domicile, à l'usine. Livrer contre remboursement. Il doit la commande à trois mois, dans un délai de trois mois. Absolt. La maison livre à domicile. Par méton. Abusivt. Livrer un client, lui remettre les marchandises qu'il a achetées.
2. Mettre une personne au pouvoir, à la discrétion d'une autre ou de quelque autorité. Livrer un prisonnier à ses geôliers. Livrer un suspect à la justice. Livrer quelqu'un au bras séculier, voir . Expr. fig. Livrer quelqu'un pieds et poings liés, sans qu'il ait aucune possibilité d'agir, de se défendre. Spécialt. En parlant d'une personne qui accomplit cette action par trahison. Judas livra Jésus pour trente deniers. Livrer ses complices. Livrer une ville.
3. Exposer, abandonner, soumettre à l'action, aux effets de quelque chose. Livrer quelqu'un au bûcher, au supplice, à la mort. Livrer une ville au pillage, aux pillards. Loc. Être livré à soi-même, ne pas ou ne plus être soumis à un contrôle, une tutelle, une autorité. Un enfant livré à lui-même. Fig. Je livre ces quelques phrases à votre méditation, à votre sagacité. Livrer ses pensées, ses espoirs, ses impressions , les faire connaître, les révéler.
4. Engager, soutenir un combat, une action militaire. Livrer une bataille ou bataille. Livrer des assauts répétés.
5. Loc. Livrer passage à quelqu'un, lui céder, lui laisser le passage. Les portes s'ouvrirent pour passage à la foule.

II. V. pron.
1. Se mettre à la discrétion, au pouvoir de quelqu'un, ou d'une autorité. Le criminel s'est livré à la police. Fig. Se au destin, au hasard. Par anal. Absolt. Se trahir, révéler par une imprudence ce qu'on voulait tenir caché. Par cette hésitation, il s'est livré.
2. Se confier, faire part de ses sentiments, de ses pensées. Il s'est livré à ses amis. Absolt. C'est un homme qui se livre peu, qui ne se livre guère, un homme circonspect, réservé, peu bavard.
3. Se à quelque chose, s'y donner tout entier et sans retenue. Se à la joie, au désespoir. Se à sa fureur, à sa douleur. Se à la débauche, aux excès. Se dit aussi pour Accomplir, entreprendre, pratiquer. Il s'est livré à un examen de conscience. Se à une enquête, à des recherches. Se à des pratiques frauduleuses, à la contrebande, à la prostitution.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Mettre une chose au pouvoir, en la possession de quelqu'un, selon les conventions faites avec lui. "Livrer de la marchandise. Il doit la commande à trois mois. Livrer un ouvrage pour un certain prix. Mon libraire doit me demain une certaine quantité d'exemplaires. Livrer à domicile, en gare. Livrer à l'usine."
Il signifie aussi Mettre une personne à la discrétion d'une autre. "Livrer un coupable à la justice, entre les mains de la justice."
Il se dit particulièrement de Ceux qui accomplissent cette action par trahison. "Livrer une ville. Livrer son complice. Il avait des intelligences avec l'ennemi pour lui la place. Judas livra Notre-Seigneur aux Juifs."
Fig. et fam., "Je vous livre cet homme," Je vous réponds qu'il fera ce que vous voudrez, que vous en disposerez comme il vous plaira.
"Livrer une bataille, un combat, un assaut," Engager une bataille, un combat, un assaut. On dit aussi "Livrer bataille."
Fig., "Livrer bataille, combat pour quelqu'un," Soutenir fortement les intérêts de quelqu'un.
"Livrer au bras séculier," se disait du Renvoi que le juge ecclésiastique faisait au juge laïque pour prononcer ou pour appliquer des peines afflictives.
LIVRER se dit aussi dans le sens de Donner en proie, exposer à. "Livrer une ville au pillage, la à la fureur des soldats. Livrer quelqu'un à la mort. Livrer les voiles au vent."
En termes de Chasse, "Livrer le cerf aux chiens," Mettre les chiens après le cerf.
LIVRER signifie aussi Confier. "Livrer ses secrets à quelqu'un. Il s'était entièrement livré à des gens qui le trahissaient."
Absolument, "C'est un homme qui ne se livre pas," C'est un homme très circonspect, très réservé.
SE LIVRER signifie aussi, en termes de Jeu, Donner imprudemment quelque avantage à son adversaire.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Remettre ce qui a été acheté, payé, convenu. Livrer de la marchandise. Livrer un ouvrage pour un certain prix.
SACI: « Je me charge de vous la vigne de Naboth de Jezrahel »
RAYNAL: « Ces ouvriers, n'ayant plus la liberté de choisir entre plusieurs acheteurs, ont été forcés de le fruit de leur travail, pour le prix qu'on a bien voulu leur en donner »
    Familièrement et fig. Je vous en livre autant, c'est-à-dire je suis dans le même cas que vous.
COLLÉ: « Bellegarde : Cela fait le désespoir, à coup sûr, d'une très grande dame qui ne m'avait pas destiné à souper ce soir avec le roi. - Concini : Je vous en livre autant »

 2   Mettre au pouvoir de, dans les mains de, soit une personne, soit une chose. Livrer un coupable à la justice, aux mains, entre les mains de la justice.
CORN.: « J'ai craint un ennemi, mon bonheur me le livre »
CORN.: « Le ciel te livre exprès une grande victime »
RAC.: « Ce Dieu que tu bravais en nos mains t'a livrée »
RAC.: « Je ne condamne plus un courroux légitime, Et l'on vous va, seigneur, votre victime »
FÉN.: « Cette pente à imiter qui est dans les enfants, produit des maux infinis quand on les livre à des gens sans vertu qui ne se contraignent guères devant eux »
ROLLIN: « Les loups demandèrent un jour aux brebis, que, pour avoir la paix avec eux, elles leur livrassent les chiens qui les gardaient »
MARMONTEL: « Le comte de Maillebois me livra tous les papiers de son père et les siens »
    Livrer un manuscrit, un ouvrage à l'impression, le faire imprimer.
BUFF.: « J'avais livré cet article sur la girafe à l'impression, lorsque j'ai reçu, le 23 juillet 1775, la belle édition que M. Schneider a faite de mon ouvrage »
    Fig. et familièrement. Je vous livre cet homme-là marié avant qu'il soit peu, je vous le livre ruiné dans un an, etc., c'est-à-dire je vous assure qu'il sera marié avant qu'il soit peu, qu'il sera ruiné dans un an. Je vous le livre chez vous à telle heure, c'est-à-dire je vous réponds que je le mènerai chez vous à telle heure, que je l'obligerai de s'y rendre.
    Si vous avez besoin de lui dans telle affaire, je vous le livre, c'est-à-dire je vous réponds qu'il vous servira.
    Fig. et familièrement. Je vous livre cet homme-là pieds et poings liés, c'est-à-dire il fera ce que vous voudrez, vous en disposerez comme il vous plaira.
    On disait autrefois qu'un coupable était livré au bras séculier, quand le juge ecclésiastique le remettait au juge laïque pour l'application des peines afflictives.
    Fig. et familièrement. Livrer au bras séculier, abandonner ce dont on ne se soucie plus, ce dont on n'a plus besoin. Les restes du dîner ont été livrés au bras séculier, c'est-à-dire aux domestiques.
    Livrer à la mort, au supplice, faire subir à un condamné la mort, le supplice.
RAC.: « Mais siérait-il, Abner, à des coeurs généreux De au supplice un enfant malheureux ? »
VOLT.: « Et fais sans crainte aux supplices tout prêts L'assassin de ton fils, et l'ami d'Alvarez »

 3   Remettre entre les mains de, avec l'idée qu'il y a trahison de la part de ceux qui livrent. Judas livra Jésus aux Juifs pour trente deniers.
BOSSUET: « Les Écossais, à qui il [Charles 1er] se donne, le livrent aux parlementaires anglais »
ROLLIN: « Il fut résolu qu'on lui ait la citadelle de Corinthe »
VOLT.: « L'assaut sera-t-il prêt, si par nos conjurés Les remparts cette nuit ne nous sont point livrés ? »

 4   Exposer à. Livrer une ville au pillage. Livrer les voiles au vent.
CORN.: « Vous qui livrez la terre aux discordes civiles »
    Fig. Remettre en abandon. Livrer ses secrets à un imprudent. Livrer son âme à la douleur, à l'espérance.
RAC.: « Et que le choix des dieux contraire à mes amours Livrait à l'univers le reste de mes jours »
C. DELAV.: « Reviens me joindre ici, sois fidèle, ou je cours Livrer au peuple entier mon secret et mes jours »
    Être livré à, être plongé dans, être absorbé, appartenir à. Il est livré à de singulières illusions.
VOLT.: « Fatigués de carnage et de sang enivrés, Les tyrans de la terre au sommeil sont livrés »
VOLT.: « L'univers, disiez-vous, au mensonge est livré »
    Faire abandon de.
RAC.: « Je sais que, du mensonge implacable ennemie, Josabeth ait même sa propre vie »
RAYNAL: « Je livre mes idées à la postérité et au temps ; c'est à eux à me juger »

 5   Terme de chasse. Livrer le cerf aux chiens, mettre les chiens après le cerf.
    Livrer en proie, abandonner aux animaux carnassiers ; et fig. abandonner sans réserve à la passion, à la fureur.

 6   Livrer se dit de celui qui offre la bataille à l'ennemi et engage l'affaire. Livrer une bataille, un combat, un assaut.
BUFF.: « Quoique les lions marins soient d'un naturel plus doux que les ours marins, les mâles se livrent souvent entre eux des combats longs et sanglants »
    On dit aussi bataille.
LA FONT.: « L'attaquer, le mettre en quartiers, Sire loup l'eût fait volontiers ; Mais il fallait bataille, Et le mâtin était de taille à se défendre hardiment »
VOLT.: « Quand il fut près du bourg de Franstadt, sur les frontières de Pologne, il trouva le maréchal Renschild qui venait lui bataille »
    Fig. Livrer bataille, combat pour quelqu'un, soutenir fortement les intérêts de quelqu'un.
    Fig.
RAC.: « Chaque assaut [donné à la ville] à mon coeur livrait mille combats »
    On remarquera que, bien qu'on dise bataille, on ne dit pas combat au propre, mais que combat ne se dit qu'au figuré.
    Par une analogie, qui n'est plus guère saisie et employée, un tourment, causer une vive peine.
RÉGNIER: « Environné d'amour et du fâcheux tourment Qu'entre tant de regrets son absence me livre »

 7   Terme de jeu de dés. Livrer chance, amener un nombre de points qui fait la chance de l'adversaire.

 8   Se , v. réfl. Se remettre à, se confier à.
SÉV.: « Je me promène seule, mais je n'ose me à l'entre chien et loup, de peur d'éclater en cris et en pleurs »
RAC.: « Puisqu'après tant d'efforts ma résistance est vaine, Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne »
RAC.: « Roxane, se livrant tout entière à ma foi, Du coeur de Bajazet se reposait sur moi »
ROLLIN: « Quand on apprit à Athènes la manière dont les Phocéens avaient été traités, on comprit, mais trop tard, le tort qu'on avait eu de ne pas déférer aux conseils de Démosthène, et de s'être livré aveuglément aux vaines promesses d'un traître qui avait vendu sa patrie »
DELILLE: « Combien de son bonheur l'homme aisément s'enivre ! Sans prévoir l'avenir, au présent il se livre »
    Se à quelqu'un, se confier à lui. Il s'était livré à de faux amis qui le trompaient.
BOSSUET: « Si vous avez un ami, acquérez-le avec épreuve, et ne vous livrez point à lui par trop de facilité »

 9   Fig. S'abandonner à.
SÉV.: « Que je vous plains de vous aussi cruellement que vous faites à vos inquiétudes ! »
BOSSUET: « N'y a-t-il point de misérable qu'il faille empêcher de se au murmure, au blasphème, au désespoir ? »
FLÉCH.: « Ne craignez pas que je me livre à ma douleur »
FÉN.: « Un homme qui se livre à ses désirs impatients »
VOLTAIRE: « Tu vois mon sort, tu vois la honte où je me livre »
MARMONTEL: « J'avais du goût pour la sagesse avec les sages, mais je me livrais volontiers à la folie avec les fous »
    J. J. Rousseau, avec faire, a fait ellipse du pronom personnel. Une autre idée me fait à mon zèle avec confiance, Lett. à la comtesse de B. 26 janv. 1765. C'est une licence qui n'est pas à imiter.

 10   Se à, se dévouer à.
SÉV.: « Eh, bon Dieu ! comment pourraient-ils [les Grignans] ne pas vous aimer, quand ils feront réflexion à ce que vous êtes pour leur maison, à la manière dont vous vous y êtes transmise, et livrée, et abîmée ? »

 11   Faire don de sa propre personne.
RAC.: « Il peut me conquérir à ce prix sans danger ; Je me livre moi-même, et ne puis me venger ! »
    Se , s'attacher exclusivement, s'enchaîner.
RÉGNIER: « Vendez ces doux regards, ces attraits, ces appas ; Vous-même vendez-vous, mais ne vous livrez pas »
    Se , se dit d'une femme qui accorde à un homme les dernières faveurs.

 12   Se mettre au pouvoir de.
CORN.: « Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Et courent se aux mains qui les attendent »
    S'ôter toute ressource.
SÉV.: « C'est le denier de la veuve.... il est vrai que je me suis livrée tout entière.... et j'ai dit : Eh bien ! si on me manque, si on me ruine.... »
    À plusieurs jeux, à l'escrime, se , donner quelque avantage à son adversaire.
    Fig. C'est un homme qui se livre dans la discussion.

 13   Absolument. Se , être communicatif.
MONTESQ.: « Il est plus facile à un Asiatique de s'instruire des moeurs des Français dans un an, qu'il ne l'est à un Français de s'instruire des moeurs des Asiatiques dans quatre, parce que les uns se livrent autant que les autres se communiquent peu »
    C'est un homme qui ne se livre pas, c'est un homme très circonspect, très réservé.

 14   Se à, suivre une carrière, une profession, un travail.
VOLT.: « Je vous avoue que, si je suivais mon goût, je me ais tout entier à l'histoire du siècle de Louis XIV, puisque le commencement ne vous en a pas déplu »
DUCLOS: « Jacques Coeur, fils d'un marchand de Bourges, s'était livré au commerce dès son enfance »
DIDEROT: « Nasiraddin de Tus naquit l'an de l'hégire 1097 ; il étudia la philosophie, et se livra de préférence aux mathématiques »
    Par extension.
DUCLOS: « Ceux qui se livrent à leurs devoirs ne sont connus que par hasard de ceux qui en ont un besoin passager »

 15   Se , être engagé, en parlant de bataille. Des combats violents se livrent entre les cerfs lors du rut.

PROVERBE Tel vend qui ne livre pas, c'est-à-dire on ne réussit pas toujours dans les mesures que l'on prend pour tromper quelqu'un.

SYNONYME
    LIVRER, DÉLIVRER (dans le sens de donner). Livrer, c'est remettre ce qui a été stipulé, convenu, vendu : le marchand livre la marchandise à celui qui l'a achetée. Dé n'implique pas cette idée ; c'est simplement remettre : un garde-magasin délivre tant de sacs de farine à celui qui est autorisé à venir les prendre.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XXXV: Au destre poing au paien [il] l'a livret [le bref]
     ib. XXXVI: Livrez le mei, j'en ferai la justice
     ib. LI: Liverai lui une mortel bataille
    XIIème siècle
     Roncis. 7: [Il] Se velt à vus
     ib. 156: [La France] Qui à duel [deuil] fu en Rencevals livrée
     ib. 191: Li rois respont : touz sui prez de [de produire mon champion]
     Saxons, XXV: Il ent [remirent] la charte au riche Salemon
     ib. XXX: [Ils nous vouloient] Escorchier et à lor ours en chaaine
     ib. XXXIII: Là seront li deniers livré [remis] par igal pois
    XIIIème siècle
     Romancero, p. 70: Lasse, fait ele, or m'i va malement ; Livrée [je] sui à une estrange gent
     Berte, XXVIII: Où mon cors à hontage mie livrés ne soit
BEAUMANOIR: « Quant il ne livre pas soufisant soustenance as enfans, selonc lor estat et selonc ce qu'il en tient »
ID.: « Se il est povres ou estranges, par quoi il ne pot pleges , il soufist s'il en done se [sa] foi »
     la Rose, 4771: S'en les voloit à mort , Penser devons d'eus de
    XVIème siècle
MAROT: « Il faut que l'assaut je vous livre »
MONT.: « Dresser des armées, des battailles »
RAB.: « Il lui feit sept aulnes de drap noir »
RAB.: « Je vueil que me livrez, avant le despartir, ce beau Marquet, source de ceste guere »
D'AUB.: « Que, si Dieu prend à gré ces premices, je veux, Quand mes fruicts seront meurs, lui payer d'autres voeux, Me aux travaux de la pesante histoire »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. liurar, lieurar, livrar ; catal. lliurar, livrar ; espagn. librar ; ital. librare, liberare ; du lat. liberare, rendre libre. ' L'idée moderne, dit Scheler, se déduit naturellement du sens classique : affranchir, détacher une chose ou la laisser partir, la , ne plus la retenir sont des idées qui se tiennent. ' Cela est très juste. Liberare avec le sens de remettre se trouve dès les Capitulaires de Charles le Chauve.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE LIVRER. Ajoutez :

 16   Se , en termes de commerce, prendre livraison. Se d'un chargement de blé.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Mettre en main; mettre une chose au pouvoir, en la possession de quelqu'un, selon les conventions faites avec lui. "Livrer de la marchandise. Il doit telle chose à telle époque. Livrer un ouvrage pour un certain prix, le fait et parfait. Il doit me une certaine quantité d'exemplaires."
Il signifie aussi, Mettre aux mains, au pouvoir, en parlant Des personnes. "Livrer un coupable à la justice, aux mains, entre les mains de la justice."
Il signifie particulièrement, Livrer par trahison. "Livrer une ville. Il avait des intelligences avec l'ennemi pour lui la place. Il avait promis de leur une porte. Judas livra Notre-Seigneur aux Juifs."
Fig., "Livrer un manuscrit, un ouvrage à l'impression," Le faire imprimer.
Prov. et fig., "Tel vend qui ne livre pas," On s'engage quelquefois à faire plus qu'on ne veut ou qu'on ne peut.
"Livrer une bataille, un combat, un assaut," Donner une bataille, un combat, un assaut. On dit aussi, "Livrer bataille."
Fig., "Livrer bataille, combat pour quelqu'un," Soutenir fortement les intérêts de quelqu'un.
Aux Jeux de dés, "Livrer chance," Amener un nombre de points qui devient la chance de l'adversaire.
Fig. et fam., "Je vous livre cet homme-là pieds et poings liés," Je vous réponds qu'il fera ce que vous voudrez, que vous en disposerez comme il vous plaira.
Fam., "Je vous livre cet homme-là marié avant qu'il soit peu, je vous le livre ruiné dans un an, etc.," Je vous assure qu'il sera marié dans peu, qu'il sera ruiné dans un an. "Je vous le livre chez vous à telle heure," Je vous réponds que je le mènerai chez vous à telle heure, que je l'obligerai de s'y rendre. "Si vous avez besoin de lui dans telle affaire, je vous le livre," Je vous réponds qu'il vous servira.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi dans le sens de Livrer en proie, exposer à; et alors il est toujours suivi de la préposition "à. Livrer une ville au pillage, la à la fureur du soldat. Livrer les voiles au vent."
Il se dit figurément, dans un sens analogue. "Livrer ses secrets à un imprudent. Livrer son âme à la douleur, à l'espérance. Livrer son coeur aux passions."
"Livrer au bras séculier," se disait Du renvoi que le juge ecclésiastique faisait au juge laïque, pour prononcer ou pour appliquer des peines afflictives.
Fig. et fam., "Livrer au bras séculier," Abandonner ce dont on ne se soucie plus, et dont on ne veut pas profiter. "Les restes du dîner ont été livrés au bras séculier," c'est-à-dire, ont été laissés aux domestiques.
En termes de Chasse, "Livrer le cerf aux chiens," Mettre les chiens après le cerf.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel, pour S'abandonner à. "Se à la joie, à la douleur, au désespoir, à ses passions, aux plaisirs, à l'amour, à la paresse, à l'ivrognerie, à l'étude, à la contemplation, à la société. Se tout entier à un genre d'occupation, à ses goûts, à la dissipation, à la pratique d'un art, etc."
"Se à quelqu'un," Se confier, s'abandonner à lui. "Il s'était entièrement livré à des gens qui le trahissaient. Vous vous êtes trop livré à lui."
Absolument, "C'est un homme qui ne se livre pas," C'est un homme très-circonspect, très-réservé.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie, à plusieurs Jeux, Donner imprudemment quelque avantage à son adversaire. "Je me suis livré. Je me livre toujours."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Livré": 2e "é" fer. l'"i" est long devant l'"e" muet: il "lîvre", "lîvrera", etc.] 1°. Mettre au pouvoir, en la possession de... "Livrer de la" marchandise "à..." '"Livrer" une place "à" l'énemi, etc. Voy. BATAILLE, COMBAT.
- 2°. Abandoner. '"Livrer une" ville "au" pillage, "à la" fureur du soldat. '"Se à" la joie.
- 3°. "Se à", se confier. 'Il "s'est" entièrement "livré à" un homme qui le trahit.




Emplacement dans le dictionnaire :

liturgique
livide
livien
livrable
livraison
livre
livré
livre sterling
livrée

livresque
livret
livreur
lobaire
lobby
lobe
lôbe
lobé
lobulé
lobule
lobules




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...: le marquis de Villemer . à première lecture, je l'avais surpris près de pleurer, vers la fin. Yves savait coudre très habilement, Comme tous les bons matelots, Et c'était drôle de le voir se livrer à ce travail, étant donnés son aspect et sa tournure. Dans ses visites du soir, il lui arrivait de passer en revue mes vêtements de bord et d'y faire des réparations qu'il jugeait mon domestique...


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...ils constituent un total beaucoup plus considérable que celui des pasteurs et ministres protestants. Les études que les hommes de l'art médical ont faites et les travaux auxquels ils doivent se livrer habituellement pour leur profession sont bien plus dans la sphère des sciences que les études et les travaux d'un pasteur. Si le succès dans les sciences était une affaire uniquement d'hérédité, il...


Citation n°3 de René BOYLESVE (La Leçon d'amour dans un parc)

...ces exercices ardus par de grands mouvements d'impatience, voire de colère contre sa fille, et par des divertissements qui consistaient à infliger à celle-ci des châtiments corporels, à la livrer, par exemple, corps et biens, aux griffes de la belle Zébute figurant Satan. La belle Zébute secouait et roulait Pomme d'Api, lui labourait la poitrine de ses ongles fins et mettait ses...


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...tandis que les petites gens se ramassent autour du pouvoir autoritaire. M. Rouen qui avait de l'honneur-et qui représentait la France libérale de Louis-Philippe-n'avait pas voulu livrer le libéral Georges Mavromichalis à cette foule servante de l'autocratie qui, avec des cris de mort, assiégeait l'ambassade. Quand un pouvoir régulier se manifesta, qu'on vint réclamer le...


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